Citations

Avec modération, quelques souvenirs de lectures disant ce qu’il y a dans une image en plus que l’image…
 


Exigeant et lucide (…), il a vu les beaux vers qui se formaient sous sa plume, dans les ratures sans nombre, n’assembler encore et toujours que des représentations qui demeurent désespérément le produit de sa subjectivité, loin d’être l’entrevision tant soit peu devenue parole, de ce qui fait que les chose sont. N’est-il donc, et ne sera-t-il à jamais, qu’un foyer d'imaginations illusoires, sans prise sur le monde qu’il voit ainsi se refuser au langage ?

Yves Bonnefoy
Préface aux Poésies de Stéphane Mallarmé

Au cours des douze ou quinze années qui viennent de s’écouler, j’ai compris qu’il était impossible de se défaire réellement du reportage, même si cette tentative avait été nécessaire pour pouvoir penser autrement la photographie. La photographie comme technique, comme médium, est trop enracinée dans l’idée du résultat ou de l’effet de reportage pour qu’on puisse l’en dissocier. C’est pourquoi j’en suis venu à considérer que la bataille contre la photographie – ou du moins ma bataille avec la photographie – avait été perdue, à un moment donné au cours de ces années. Et je me suis senti plutôt heureux d’avoir perdu. L’aboutissement de cette expérience ne fut en aucun cas un retour au reportage. Mon travail ne consiste pas à faire en sorte de revenir vers l’origine de ce que devrait être la photographie. Il s’agit plutôt de reconnaître que la prise de distance avec le reportage – la lutte menée contre lui – tout autant que la conciliation avec le reportage expriment ce qu’est la photographie.

Jeff Wall
Le presque documentaire

Penser que sa propre valeur entre dans un entrecroisement de valeurs de la totalité du monde, à mon avis c'est un beaucoup plus grand, noble et généreux projet que celui de tenter que sa propre valeur devienne valable pour le monde entier. Le classicisme pour moi c'est ce qui se passe quand une valeur particulière veut et tend à être une valeur valable universellement. Je crois qu’il nous faut abandonner l'idée de l'universel. L’universel est un leurre, un rêve trompeur. Il nous faut concevoir la totalité-monde comme totalité, c'est-à-dire comme quantité réalisée et non pas comme valeur sublimée à partie de valeurs particulières. C’est fondamental et cela change sans qu’on s’en aperçoive la plupart des données de la littérature mondiale à l'heure actuelle.

Édouard Glissant
Introduction à une poétique du divers

On nous les casse depuis quelques mois avec les faux problèmes de la forme et du fond, du réalisme et de la féerie, du scénario et de la "misenscène", de l'acteur libre ou dominé et autres balançoires; disons qu'il se pourrait que tous les sujets naissent libres et égaux en droit; ce qui compte, c'est le ton, ou l'accent, la nuance, comme on voudra l'appeler – c'est-à-dire le point de vue d'un homme, l'auteur, mal nécessaire, et l'attitude que prend cet homme par rapport à ce qu'il filme, et donc par rapport au monde et à toutes choses (…).

Jacques Rivette
« De l’abjection », Cahiers du cinéma, n° 120, juin 1961.